Jean-Michel PRÊT

Jean-Michel Prêt s’en est allé le 16 décembre dernier. Il venait d’avoir 80 ans. Il disparaît, cet artiste si discret, si secret, lui si peu dans le paraître ! Un corps ascétique, vertical, aux épaules légèrement penchées, avec de grandes mains qui avaient plutôt l’air de l’embarrasser hors de son atelier.

Une voix très sensible, pleine de doutes, accueillante à la parole de l’autre. Il nous avait enchantés cet été au cœur de Millau, à l’Hôtel de Tauriac, avec cette Géologie approximative capable de soulever les montagnes à l’aide de son petit crayon têtu. Quelle modestie dans les moyens pour exprimer l’ampleur de ce Puech qu’il contemplait journellement, amoureusement, comme Cézanne sa Sainte-Victoire.

Quel cadeau, quelle fierté, pour nous Millavois, de sentir que nos falaises familières pouvaient nourrir un imaginaire aussi créatif et contagieux. C’est bien d’une sublimation de notre patrimoine naturel qu’il nous offre. Jean-Michel aimait la matière. D’abord la terre avant le papier comme support !

Au Soulayrol, petite ferme près de Coupiac qu’il avait restaurée avec Eveline, son épouse. Il fut un grand céramiste, alliant la rusticité d’une forme et le raffinement subtil des émaux. Petite anecdote : un pailler, à 150 mètres de leur maison, abritait une exposition de ses poteries. Ouverte jour et nuit, le passant pouvait y choisir une pièce et la régler dans une tirelire prévue à cet effet. Jamais personne ne partit sans s’acquitter !

Dans cette confiance — bien naïve diront certains — en la nature humaine, tout Jean-Michel est là ! S’abandonner ainsi à l’inconnu, parier que l’autre sera touché par cette confiance inhabituelle, n’est-ce pas, à l’heure où tout se calcule, se maîtrise et se prévoit, une sacrée leçon d’espérance ?

Nous sommes tristes, très tristes, de perdre avant le temps cet homme rare, et nous disons à Eveline, à leurs fils, à tous leurs proches combien nous sommes heureux et fiers de l’avoir connu, estimé et aimé. Combien, Claude et nous, partageons leur chagrin. Et puis… en sa compagnie, nous pouvons encore nous balader avec bonheur dans ces rochers qu’il a su, avec son petit crayon, ancrer pour toujours dans la mémoire.

Texte d’Elisabeth Baillon