14 février > 12 avril 2026
(Salle 1)Forme et Force
« D’emblée l’Univers apparaît, partagé entre l’élan des forces et la définition des formes » (René Huygue)
Si la forme se réfère à l’apparence extérieure, la force se manifeste par l’énergie dégagée, et l’interaction entre elle est essentielle dans la création artistique. Elles ne sont en définitive que des phases différentes d’une réalité ultime : la force engendre la forme et la forme justifie la force.
Intimement liées, la forme et la force créent un dialogue riche entre la Nature et celui qui la contemple. Ensemble, elles permettent une exploration profonde de l’expression humaine, touchant des dimensions à la fois visuelles, tactiles et émotionnelles.
La céramique contemporaine offre un terrain d’expérimentation riche où les formes et les forces s’unissent pour créer des œuvres profondément significatives. La matière céramique devient langage en jouant avec les textures, les volumes et les concepts. Les artistes continuent d’élargir les horizons de cet art, transcendant les simples notions de beauté pour engager un dialogue puissant avec l’argile.
Pascal Geoffroy et Louis Zajdela , complices au travers de l’enseignement qu’ils ont prodigué pendant une quinzaine d’années au sein de l’atelier de design céramique de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Appliqués et des Métiers d’Art (ENSAAMA Olivier de Serres ), proposent dans un dialogue, chacun à sa manière, leur propre vision de l’art céramique.
PG.
Fragile
L’installation « Fragile » nous plonge dans une méditation profonde sur l’introspection, la résistance et le positionnement dans la vie. Les sculptures, disposées avec une précision rituelle, évoquent le cycle éternel de la vie/mort/vie. Elles suscitent alors une profonde réflexion. A ce moment précis, fragiles, nous sommes enfin capables de nous faire face.
Souvent en regardant la table vide de mon atelier, dans la faible lumière diffusée par la fenêtre étroite, je me suis vue face à un paysage d’ombres indéfinissables.
En plongeant dans l’épaisseur du silence, traversant forêts et feuillages, je perçois
petit à petit des lumières scintillantes, bleues, jaunes oranges , blanches…
Encré dans une page inconnue et familière à la fois, mon esprit compose, tout près de l’esprit antique.
Je reconnais alors l’enfant, l’adolescente, la mère, traversant les époques d’une vie
bien remplie.
Devant moi, submergée par des pensées confuses qui multiplient les lieux et les
raisons, s’ouvre un paysage connu, une partition résumée de ma vie. Laissant mes
pensées divaguer puis s’étioler, enfin une courbe, une couleur, une texture engendrent un portrait de ce nouveau moi point virgule.
Ah, j’en suis là! Je ne pensais pas avoir marché si loin, et piétiné si longtemps hier
après-midi.
Ma vue n’est pas nette, mon corps démantelé cherche sa place dans le secret des
ombres. Trions, regardons, calmons nos émotions égarées.
Dans le corset du mental je glisse. Mais en m’éraflant à ses parois, y perdant les
encombrants bagages qui ne m’appartiennent pas, je laisse s’échapper l’essence de mon être. Là, je retrouve l’enfant promesse de futur, le moi sur un rocher, libérée du carcan de l’égo et desséchée, je me baignerai enfin.
Libre, en dehors du cercle vertueux de la raison, je vole, je rêve, j’imagine, j’extrapole et je rencontre la nouvelle personne, nue et silencieuse.
Aucun bruit ne vient me déranger.
Puis j’entends une musique douce aux sons limpides et rugueux à la fois. Comme un souffle pincé entre les lèvres, le nouvel être grandit fragile.
M’apprendras tu à chanter ?
Plus de carcan, la tête inclinée, bleue, du ciel qui la rejoint, le nouvel être naît.
Humble et paisible il croît assis sur un terreau de connaissances.
Sortie de sa gangue, telle une chrysalide, la métamorphose s’opère, il ne restera plus qu’à laisser remonter l’inconscient en bulles créatrices.
Rougiras tu enfin, n’aies pas peur d’aller à la rencontre de ton cœur, laisse sortir les
émotions, l’œuvre n’en sera que plus juste.
De soi à la sculpture la frontière est mince.
Libéré de la tyrannie de l’ambition, il n’y a pas de je. Alors notre fragilité entre en jeu sans honte ni peur mais comme une de nos couleurs naturelles.
La paix au cœur, sans concession, le regard droit, il n’y a pas d’errance, affranchi de
toute justification, l’avenir est création.
Constituée des fragments de notre vie, notre personnalité combine nos difficultés, nos réussites, nos joies et nos détresses. Le tissage fragile et complexe qui en résulte détermine l’être unique que nous devenons.
L’heure vide propre à la réflexion, nous révèle un parcours initiatique, promesse d’un voyage sensationnel. Descendre, aller à la rencontre de nos cartes préhistoriques et atteindre la grotte des savoirs, celle de nos réminiscences. Se débarrasser des certitudes, goulotte inflexible, au contact des passages étroits de nos souvenirs étouffés, des non-dits, des incompréhensions et des dissentiments non résolus, nous remontons habillés de l’habit recousu des conflits réglés.
L’introspection, état des lieux de notre conscience à l’état brut, nous révèle.
Renaissants et fragilisés, il nous faut accepter que l’inconnu fasse partie du processus. Libres, balbutiants mais audacieux, nous cheminons vers de nouveaux
paysages, un nouveau soi s’épanouit plus combatif.
Que ferons nous de ce que nous vivons, comment nous positionnerons nous ?
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